
Qui a planqué un dealer dans mes contacts ?
Ce petit anneau irisé au-dessus de vos messages n'est pas une loupe : c'est l'intelligence artificielle qui s'invite sur le paillasson familial. Vous avez déjà cliqué ?
Je cherchais juste la recette du gâteau aux prunes de ma mère.
J'ai ouvert l'application verte, cliqué sur la loupe en haut de mes discussions, et tapé prunes.
Sauf que je ne suis pas tombé sur le SMS de 2022. Je suis tombé sur un anneau irisé, pulsant comme un trou noir poli dans la barre de recherche, qui me proposait spontanément de composer une tragédie en cinq actes sur les noyaux d'abricots.
Il était là, tranquillement affalé au-dessus de mes proches, frémissant d'une bienveillance purement synthétique. Le petit cercle s'est installé exactement là où je rangeais mes humains.
Vous avez remarqué avec quelle souplesse il s'infiltre entre tante Claire et le chauffagiste ? Personne ne l'a invité. Aucun plugin à installer. On plonge la main dans la poche pour savoir si un ami a bien atterri, et on trouve un type en sweat à capuche bleu sur le palier qui chuchote : « Tu veux que je te résume ta vie, champion ? C'est offert par la maison. »
Attendez. Je suis peut-être injuste.
Après tout, soyons honnêtes : pourquoi s'emmerder à relire ce que ma mère écrivait sur le beurre doux quand un algorithme peut m'usiner une mère de synthèse qui ne me reproche jamais de ne pas appeler le dimanche ? L'anneau bleu ne soupire pas. Il attend, docile, juste au-dessus du cimetière de mes conversations laissées en « Vu ».

On n'a même plus besoin de sortir du tuyau. L'aiguille est désormais directement soudée au rebord de la cuillère.
Pour une analyse un peu plus sobre de cette colonisation rampante de nos interfaces intimes, allez faire un tour sur La Quadrature du Net — ou plutôt sur les travaux de veille citoyenne d'Internet Archive. Eux documentent le grignotage des communs ; nous, on renifle la poudre.
Le piège est d'une beauté chirurgicale : rendre la sobriété inconfortable. Quand retrouver l'adresse de son dentiste oblige à frôler un croupier numérique prêt à réfléchir à votre place, combien de secondes avant de tendre le bras ?
L'antidote du jour
Voici votre sevrage de poche pour l'après-midi : désactivez les suggestions automatiques du champ de recherche ou, à défaut, écrivez systématiquement le nom exact de votre contact sur un post-it papier avant de toucher à l'écran. Réapprenez à vos pouces le frottement d'une quête sans assistance. Et si le manque vous tiraille le poignet, allez respirer dix minutes sur Pause Ton Écran pour vous rappeler le silence d'une vitre éteinte.
La première dose est toujours gratuite, pile sous la loupe.
Vous cherchiez une vieille photo, ou vous avez encore laissé le robot finir votre phrase ?
Dites-moi en commentaire.
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