19 août 2026 · dose #88

Ça m'aide à réfléchir, tu vois?

Sur chaque bureau, le petit halo bleu d'une fenêtre de chatbot est la nouvelle pause clope. Vous prétendez encore que votre productivité ne sort pas d'une cartouche?

#reportage#productivity#chatbot#addiction

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Any resemblance to actual persons, living or dead, is purely coincidental.

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Je me suis promené dans l'open space hier soir, après le départ de la plupart des gens. Juste pour voir. C'est marrant, ce qu'on remarque dans le silence.

Sur presque tous les bureaux, à côté des tasses de café abandonnées et des écrans de veille, une fenêtre était restée ouverte. Pas les e-mails. Pas Slack. Un chatbot.

Là, sur l'écran du designer junior, une requête à moitié finie sur des palettes de couleurs à côté d'un mur d'idées rejetées. Sur l'écran du comptable senior, une longue et patiente explication de quelque obscure loi fiscale, le ton de l'IA apaisant et compétent. J'en ai vu une sur l'ordinateur portable d'un manager, demandant encore « trois points concis pour un e-mail encourageant mais ferme ».

C'est la nouvelle pause cigarette, n'est-ce pas ? Ce petit shoot rapide, ce moment de clarté volée. Plus personne ne sort pour faire les cent pas dans le froid. On ouvre juste un nouvel onglet et on inhale. L'indicateur de frappe qui clignote est le nouveau filet de fumée.

Croquis satirique de l'article

« Ça m'aide juste… à réfléchir », m'a confié quelqu'un la semaine dernière, en le chuchotant comme un aveu. « Je suis bloqué, je lui pose une question stupide, et ça me débloque. »

Je comprends. Bien sûr que je comprends. Ça semble si propre, si efficace. Pas de goudron, pas d'odeur, pas de dents qui jaunissent. Juste une injection pure et stérile de performance cognitive, livrée à travers le même verre propre que vous utilisez pour le travail. C'est un outil de productivité, nous nous disons. Comme un bon stylo. Ou un processeur plus rapide. Mais quand je vois ces fenêtres solitaires briller dans le noir, je ne vois pas de la productivité. Je vois un millier de petites dépendances, un millier de petites béquilles mentales que nous avons intégrées sans heurt à notre façon de travailler.

Il y avait un aspect social à l'ancienne addiction. On trouvait de la camaraderie dans les cercles de fumeurs grelottant dehors. Maintenant, nous prenons nos doses seuls à nos bureaux, chacun dans sa bulle privée de texte généré. C'est tellement plus efficace comme ça, n'est-ce pas ?

Pour la désintox… essayez un carnet de « questions idiotes ». Avant d'ouvrir la fenêtre de chat, forcez-vous à écrire trois réponses possibles à la main, aussi stupides qu'elles puissent paraître. Vous pourriez découvrir que votre propre cerveau a encore une ou deux étincelles. Et si vous voulez comprendre la science derrière l'attraction de ces boucles de récompense, le travail d'Anna Lembke sur Dopamine Nation est fondamentalement le mode d'emploi de notre propre dépendance.

À vous de vous confesser.

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