29 septembre 2026 · dose #129

Je sais lire. Mais j’ai la flemme.

Franchement, pourquoi s'infliger des paragraphes quand un chatbot peut tout résumer ? Cette nouvelle forme d'illettrisme assisté par l'IA, c'est le futur, non ?

#new-illiteracy#ai-addiction#chatbot#slopaganda

J’ai arrêté de lire.

Oh, je vous vois venir. Bien sûr que je “lis”, je passe ma journée à faire défiler des trucs. Des rapports, des actus, des emails, ce fleuve de texte ininterrompu qui définit nos vies. Mais je ne lis plus vraiment. Pourquoi je ferais ça ? C’est tellement d’efforts. Toutes ces phrases, les unes après les autres, qui exigent de la concentration. C’est si… analogique.

Mon dealer — la petite icône qui scintille dans mon navigateur — s’en charge pour moi. Le service est impeccable. Je lui donne un lien, un PDF, une conversation entière, et il m’extrait la came, la pure, la non coupée : cinq bullet points bien propres. Un paragraphe unique et parfait. Le shoot de dopamine est immédiat. Mon cerveau reste lisse, sans une ride, protégé de la friction de la pensée complexe. C’est une défonce propre.

Qui a le temps de se farcir des milliers de mots aujourd’hui ? L’important, c’est d’avoir l’idée générale. Tu vois un titre, tu demandes au chatbot si c’est vrai, il te répond. Simple, rapide, sans charge cognitive.

J’ai du mal à imaginer comment on faisait, avant. Les gens fixaient des pages ? Pendant des heures ? Ça a l’air épuisant.

La bonne came

Croquis satirique de l'article

Mais attendez. J’écris pour qui, au juste ? Vous n’êtes pas en train de lire ça, si ? Bien sûr que non. Vous avez probablement déjà tout surligné pour cliquer sur “Résumer avec l’IA”. Vous en êtes déjà aux bullet points, magnifiques toxicos que vous êtes.

Je vous comprends. C’est malin. Pourquoi gaspiller son énergie à déchiffrer des nuances quand la machine le fait pour vous ? C’est le life hack ultime. On peut “lire” dix articles dans le temps qu’il fallait pour en lire un seul. On peut se forger une opinion sur une polémique en quelques secondes, juste en s’injectant le résumé de l’IA. Certains s’inquiètent que ça nourrisse une nouvelle forme de slopaganda où l’on ne fait qu’avaler de l’indignation prédigérée, mais c’est juste qu’ils ont peur du progrès.

Ma cure de désintox ? Mon petit programme de méthadone, c’est ça : une heure par jour, je coupe le Wi-Fi et j’ouvre un livre en papier. C’est étrange, comme tenir une brique. L’objectif est de lire trois pages sans que mon pouce tente de faire défiler. C’est mon petit geste de sobriété, et si ça vous paraît trop extrême, vous pouvez toujours jeter un œil à des outils comme le Light Phone pour retrouver une dose minimale d’attention.

Mais qui veut-on tromper ? La première dose est toujours gratuite.

Alors, votre résumé de cet article, il dit quoi ? Dites-moi que j’ai raison.

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