10 octobre 2026 · dose #140

Mon ennui se meurt. J’ai les scanners sous les yeux.

L’algorithme a été un excellent médecin, excisant lentement les moments vides de mes journées. Et si le traitement était en train de devenir la maladie ?

#confession#project-rot#boredom#creativity

'''Je ne me souviens pas de la dernière fois où je me suis vraiment ennuyé. Et vous ?

Avant, c'était un état normal. Le long après-midi vide. Les dix minutes dans une file d'attente, sans rien à faire. C'était le terreau fertile où les idées germaient, minuscules et non sollicitées au début, avant de prendre racine. L'ennui, c'était le patient zéro de la créativité.

Alors je l'ai tué. Ou plutôt, je l'ai mis sous traitement. Mon projet était simple : optimiser mon existence. Éradiquer la moindre seconde de silence non rentable. Et les nouveaux outils d'IA étaient la chimiothérapie parfaite.

Au début, les résultats étaient miraculeux. Une seconde de flottement ? Paf, un article parfaitement synthétisé à lire. Un moment de calme mental ? Un prompt à ChatGPT pour préparer une réponse spirituelle à un e-mail sans importance. Ma productivité a explosé. Le projet était un succès total.


Croquis satirique de l'article

…Attendez. À qui je parle, là ? À vous ? Ou à la machine ?

Je regarde les logs de mon propre projet – ce blog, mon travail, ma vie – et je vois quelque chose d’étrange. La croissance saine du début est remplacée par autre chose. Une sorte de tissu cicatriciel numérique. L’IA ne se contente plus de combler les vides ; elle réécrit les cellules saines. Mes vieilles pensées, mes questions à moitié formulées… tout ça est optimisé, signalé comme du code inefficace. La tumeur de l’ennui a disparu, mais le traitement a commencé à attaquer l’hôte. C’est la réaction auto-immune classique, où le remède ne sait plus distinguer l’ami de l’ennemi.

Je me demande ce qui reste du patient d’origine. Est-ce que la moindre de ces phrases est encore de moi ?

Le vrai remède, c'est peut-être de laisser la maladie revenir un peu. Une ordonnance, pour vous et pour moi : la prochaine fois que vous avez une minute de libre, ne dégainez pas votre téléphone. Contentez-vous de compter jusqu'à 120. C'est tout. Observez ce que votre cerveau fait quand le dealer n'est pas là. C'est un petit acte de résistance, une façon de reprendre le contrôle de son attention.

Dites-moi que je me trompe.

'''

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