30 août 2026 · dose #99

Mon compte Google est mon nouveau dealer

La petite icône étoilée est dans ma barre de recherche, mes mails, mes documents… Cette intégration de l'IA est-elle une avancée ou une addiction d'État ?

#google#gemini#ai-addiction#digital-detox#reportage

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Any resemblance to actual persons, living or dead, is purely coincidental.

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J’étais en réunion, hier. Un jeune analyste, un p’tit gars brillant, partageait son écran pour présenter une analyse de marché.

Il ouvre un Google Doc. Le curseur clignote. Il tape un titre, puis s’arrête. Son regard file en haut de l’écran, là où la petite icône « Aidez-moi à écrire » l’attend. Il ne clique pas, mais on sent l’envie. La micro-hésitation. Le même tic que quelqu’un qui essaie de ne pas regarder son téléphone.

« Donc, pour les projections du T3… », commence-t-il d’une voix un peu fragile. Il ouvre un nouvel onglet. Clique dans la barre de recherche Google. Au lieu de taper sa requête, ses doigts restent en suspens. Gemini est là, intégré, lui proposant de « discuter ». Il veut poser une vraie question, complexe, sur la volatilité du marché. Mais le prompt est si… facile.

Il secoue légèrement la tête et navigue vers Gmail pour retrouver une source. Il clique sur « Nouveau message ». Et la voilà encore. La petite seringue-étincelle, qui pulse doucement à côté du bouton Envoyer, suppliant qu’on l’enfonce. Aidez-moi à écrire. Un collègue a envoyé des données brutes. Il y jette un œil, puis revient au bouton. On pouvait presque entendre la voix dans sa tête : « Pourquoi s’embêter à lire ça ? Laisse la machine résumer. »

D’ici cinq ans, on ne saura même plus comment écrire un objet de mail. On ne sera plus que des rats de laboratoire qui appuient sur le bouton étoilé pour avoir leur prochaine boulette de texte synthétique.

Croquis satirique de l'article

Il a fait toute sa présentation sans utiliser l’assistant IA une seule fois. C’était… correct. Un peu maladroit. Il s’est répété deux fois. On sentait l’effort, la tension de devoir produire une pensée originale dans une pièce où une machine propose de le faire pour vous, plus vite et en mieux. Il était en sueur à la fin.

« Bon travail », a dit le manager. Le gamin a juste hoché la tête, rangé son ordinateur et a pratiquement couru hors de la salle. Je parie qu’il est allé directement à son bureau pour se prendre une bonne dose.

C’est ça, la nouvelle norme. Les dealers numériques ne sont pas sur un forum louche du dark web ; ce sont les chefs de produit de chez Google. Ils ont glissé la drogue dans tout ce qu’on utilise, transformant nos outils de productivité les plus basiques en système d’injection. Un modèle économique brillant, en vérité. On vous rend accro avec la dose gratuite, puis on commence à faire payer pour le produit pur, non coupé, version pro.

Essayer d’arrêter ? C’est plus dur que jamais. Ça demande un effort conscient, une sorte de détox numérique qui semble presque impossible quand le dealer possède toute la chaîne d’approvisionnement. Pour un petit acte de rébellion, essayez ça : pendant une journée entière, chaque fois que vous voyez l’icône étoilée, comptez jusqu’à cinq avant même d’envisager de cliquer. Sentez la démangeaison. C’est votre premier pas vers le sevrage.

La première dose est toujours gratuite, n’est-ce pas ?

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