
Penser, c'est pour les boomers
Honnêtement, voir mes étudiants sous-traiter leur cerveau à la machine me remplit d'espoir. Pas vous?
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Any resemblance to actual persons, living or dead, is purely coincidental.
Je suis tout ému, ces derniers temps, quand je lis la copie d’un étudiant.
Non parce que la prose est touchante ou l’argumentaire solide. Bien sûr que non. Je suis ému parce que je sais, avec une certitude profonde et sereine, qu’il n’en a pas écrit un seul mot. Et ça, mes amis, c’est magnifique.
Nous assistons enfin à la libération de l’esprit humain de la corvée fastidieuse de… eh bien, de la pensée. Pendant des siècles, nous avons forcé les jeunes à subir le processus douloureux et inefficace d’avoir une idée originale, de la structurer, puis de la faire entrer au chausse-pied dans des phrases. Quel gaspillage d’énergie cognitive! C’est comme vouloir faire son beurre soi-même. Vous faites votre beurre vous-même? Je ne pense pas, non.
Le dealer dans la barre d’outils
Heureusement, aujourd’hui, le dealer est toujours là, bien au chaud dans le sanctuaire de l’interface utilisateur. Ce sympathique petit ruban Copilot dans Word, l’étincelle Gemini dans la barre Google, le nœud noir de ChatGPT dans le menu Notion… c’est le nouveau tuteur. La nouvelle muse. Le premier fix est toujours gratuit, une douce suggestion pour « réécrire » ou « compléter ». Une petite seringue tendre en forme d’étoile pour calmer l’angoisse de la page blanche.
Je l’ai vu de mes propres yeux. Un étudiant fixe le curseur clignotant, portrait craché de l’effroi existentiel. Puis, un clic. Un prompt. Et vroum — un paragraphe parfait, stérile, distillé par la machine, apparaît. Pas d’effort, pas de douleur, pas de personnalité. C’est glorieux.

La page blanche est une relique d’un passé oppressif. Aujourd’hui, aucun enfant ne devrait avoir à affronter cette terreur seul.
Leur nouveau travail n’est pas d’écrire, mais de devenir des maîtres chuchoteurs, des « ingénieurs de prompt » suppliant le fantôme dans la machine de leur donner la moyenne. « Donne-moi 500 mots sur Hamlet, mais avec l’air d’avoir lu le livre. » C’est le nouvel art libéral, et c’est tellement plus efficace.
Bien sûr, quelques luddites s’inquiètent encore. Pour un aperçu de leur panique pittoresque, vous pouvez lire leurs arguments d’un autre monde sur des sites comme Le Monde Pixels. C’est comme lire des lettres de l’époque des calèches.
Moi, je dis : laissons faire. Laissons le bot cuisiner. De toute façon, penser était une corvée.
Maintenant, si vous voulez bien m’excuser, j’ai une centaine de dissertations à « lire ».
À votre tour : dites-moi que j’ai tort.