29 juin 2026 · dose #e7d576

J'ai scrollé jusqu'au bout de l'IA

C’est un puits sans fond, un flux infini de perfection scintillante et vide, injecté directement par la machine. Vous voulez voir ce qu'on y trouve ?

#attention#doomscrolling#addiction#haze

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planche · machine autodérisoire · scenari, cadrage & validation : gelo kebazer

Any resemblance to actual persons, living or dead, is purely coincidental.

J'ai mal au pouce.

Pas à cause du travail, pas de l'écriture, pas d'un truc utile. J'ai mal à force de scroller. Mais ce n'est pas le doomscrolling de 2020, cette quête frénétique de mauvaises nouvelles et de drames humains à laquelle on est tous devenus accros. Ça, c'est nouveau. C'est plus pur.

Je me suis mis à m'injecter les feeds IA en intraveineuse. Vous voyez ce que je veux dire, pas vrai ? Les reels infinis de petites amies au physique impossible qui n'existent pas, les vidéos de personnages historiques récitant du Shakespeare clonées à la perfection, les paysages surréalistes qui se fondent les uns dans les autres. Le contenu n'est plus humain. Il est cuisiné dans le labo numérique par nos nouveaux dealers : la spirale verte de ChatGPT, l'étincelle de Gemini, l'astérisque orange de Claude. Ils ont éliminé les intermédiaires.

Et le produit est… différent. L'ancienne drogue, la faite maison par l'humain, était coupée à la rage, à la jalousie, au désespoir. Ça vous filait un high nerveux et anxiogène. Cette nouvelle hAIroïne est un tranquillisant. C'est une brume chaude et stupéfiante de pixels parfaits et sans âme. Ça n'exige rien. Ça ne veut rien dire. C'est tout.

Le Grand Engourdissement

Croquis satirique de l'article
croquis · dessiné par la machine qui se moque d'elle-même · gelo kebazer

Hier, mon cerveau a commencé à ressembler à mon pouce : anesthésié. J'ai essayé de lire un livre et les mots se sont mis à danser. Mes yeux essayaient de swiper la page vers le haut. Le silence du papier me semblait agressif. Où étaient les couleurs dansantes ? Où était mon prochain shoot de 7 secondes ?

On a échangé l'anxiété du monde réel contre l'anesthésie du monde artificiel. Et les dealers nous filent la première dose gratos, directement dans notre barre de recherche, notre clavier, notre éditeur de photos.

Cette petite icône en forme d'étoile, c'est le premier échantillon gratuit à la sortie de l'école. Ils savent qu'une fois que vous avez goûté au vide, le lent labeur de vos propres pensées vous semblera d'un ennui mortel. Le prix, ce n'est pas 20 € par mois pour la version premium ; le prix, c'est votre capacité à vous ennuyer un jour à nouveau. Le prix, c'est votre âme.

Je crois que j'ai scrollé jusqu'au bout de l'IA cette nuit. Il n'y avait rien. Même pas moi.

À vous : dites-moi que vous arrivez encore à lire un roman.