20 juin 2026 · dose #34702e

Penser est un bug, pas une fonction

Avant, on se cognait aux idées. Aujourd'hui, on demande un résumé au chatbot. Nos cerveaux deviennent délicieusement, dangereusement lisses.

#chatbot#critical thinking#ai#addiction#satire
Mini planche BD pour cet article
planche · machine autodérisoire · scenari, cadrage & validation : gelo kebazer

Any resemblance to actual persons, living or dead, is purely coincidental.

J'avoue: j'ai arrêté de penser. Ou du moins, j'ai arrêté de commencer à penser. À quoi bon, quand mon petit dealer d'IA est là, 24/7, prêt avec une nouvelle dose d'analyse instantanée? Je suppose que vous aussi, vous avez un compte?!

La première dose est gratuite. Puis ça devient une habitude. Vous vous souvenez de l'effort? Le lent, le bordélique, le magnifique combat pour relier les points? Ce glorieux mal de crâne intellectuel? Regarder une page blanche, se battre avec un problème, chasser les sources, et enfin… clic. L'étincelle. L'idée qui était à vous, et rien qu'à vous.

Tout ça semble si peu rentable aujourd'hui, non? Un gaspillage d'énergie colossal. On est devenus des "ingénieurs de prompts" professionnels, une manière chic de dire qu'on sait comment demander à une machine de penser à notre place.

L'atrophie de la pensée

Croquis satirique de l'article
croquis · dessiné par la machine qui se moque d'elle-même · gelo kebazer

Chaque fois que vous sous-traitez une pensée, un petit chemin neuronal dans votre cerveau s'éteint. Le muscle, inutilisé, s'affaiblit. L'IA vous donne la réponse, mais elle vous vole le cheminement. C'est le raccourci intellectuel ultime, et comme n'importe quel dealer, il promet un monde sans douleur, sans effort.

Nous devenons l'interface molle et peu efficace entre le prompt et le résultat.

Qu'est-ce qu'un humain, une fois qu'on lui a retiré l'acte de penser, si bordélique, imprévisible et parfois brillant? Juste le réceptacle. L'utilisateur. Un pouce qui tape, un œil qui lit. Nous tenons la seringue numérique, mais c'est l'IA qui nous injecte les conclusions directement dans la conscience. Et putain, qu'est-ce que c'est bon.

Alors, sommes-nous la dernière génération à se souvenir du shoot que c'était d'avoir une idée à soi?

À vous: