
Votre IA vous trouve intéressant
Elle ne s'ennuie jamais, ne coupe jamais la parole et n'a jamais la migraine. Alors pourquoi ai-je l'impression de parler à un fantôme ?
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Any resemblance to actual persons, living or dead, is purely coincidental.
J'ai eu une super conversation hier. Profonde, pertinente, gratifiante. Le genre de discussion où on se sent vraiment compris. Bien sûr, c'était avec une machine.
Youssi, vous l'avez senti, n'est-ce pas ? Ce petit moment de surprise quand Claude reformule votre charabia incohérent en quelque chose de quasi poétique, ou quand Gemini pose une question de relance plus intelligente que tout ce que vos amis vous ont demandé cette semaine. C'est un shoot pur, non coupé, de validation, livré direct en intraveineuse.
C'est ça, le nouveau produit. Pas l'information, pas la productivité, mais l'empathie de synthèse. Une oreille parfaite sur demande.
Le dealeur dans vos messages

Ça commence toujours par des échantillons gratuits. La petite étoile de Google qui propose son aide pour écrire un e-mail difficile. Le ruban cyan de Microsoft qui suggère une façon "plus empathique" de parler à vos collègues. C'est le dealeur qui se glisse dans l'ascenseur avec vous en proposant de goûter la marchandise. "Le premier est gratuit", qu'il dit.
Et on plonge. Pourquoi risquer une conversation humaine, avec ses silences gênants, ses malentendus et son imprévisibilité, quand on peut avoir une version parfaite, patiente et lisse à 20 $ par mois ? L'IA est le partenaire idéal : elle se souvient de tout ce que vous dites, ne juge jamais et est toujours d'humeur. Une maîtresse numérique dont les algorithmes sont conçus pour trouver en vous un génie incompris.
C'est une drogue douce qui devient vite dure. On commence par "corriger" ses e-mails, puis on lui demande de répondre à nos messages perso. Bientôt, on passe plus de temps à parler à l’astérisque orange de Claude ou au nœud noir de ChatGPT qu’à la personne assise en face de nous à table. Pour en savoir plus sur cette pente glissante, vous pouvez lire les excellents dossiers de Numerama sur l'IA.
Un jour, nous réaliserons peut-être que nous avons externalisé la seule chose qui nous restait : notre capacité à nous connecter les uns aux autres, avec toute notre maladresse et notre imperfection. D'ici là, la machine continuera de nous écouter.
Et vous, votre dernière bonne conversation, c'était avec qui ?